Gilles Bédard

 

Madame Atwater, vous faites de la recherche dans le domaine de l'expérience de mort imminente depuis plus de vingt ans. Avec le recul des années, comment voyez-vous l'évolution de la recherche ?
Le domaine a considérablement changé. Au cours des vingt-cinq dernières années, le monde de la NDE et notre vision des choses a véritablement évolué. Certaines théories ont été déboutées, tandis que d'autres nous ont conduits à revoir nos positions. Par exemple, ce que nous considérons tous comme le modèle classique de l'expérience de mort imminente n'est en fait basé sur aucune recherche solide. Raymond Moody l'admet bien volontiers. Le modèle publié dans son livre La vie après la vie, a tout simplement été fabriqué à partir de suppositions. Cependant, les médias ont repris son modèle en concluant que c'était le modèle typique de la NDE. Le livre fut un best-seller et a donc contribué à répandre cette idée dans l'opinion publique. Aujourd'hui, vingt cinq ans plus tard et après toutes ces recherches, nous réalisons que le modèle proposé par Moody n'est pas réel. Tant et si bien que la communauté médicale l'ayant trouvé pratiquement inutilisable a demandé à IANDS de lui présenter un modèle plus conforme à la réalité qui leur servirait de référence.

De plus, nous savons maintenant qu'on retrouve non pas un seul mais bien quatre types distinctifs d'expériences de mort imminente. Nous savons également que le scénario de type céleste n'est pas vécu par la majorité des gens - 47 % des adultes et 19% des enfants selon mes recherches. La NDE est en réalité une expérience intense d¹un un autre monde ou d¹une autre dimension, constituée de plusieurs aspects, et qui se produit au seuil de la mort. Environ le tiers des adultes qui frôlent la mort et sont réanimés en vivent une. Du côté des enfants, dans les mêmes conditions, les enfants ont deux fois plus de chance de vivre l'expérience qu'un adulte. Nous avons donc dû reconsidérer le phénomène. D'autre part, selon mes recherches, moins de 30% des gens vivent l'expérience du tunnel. Selon le sondage fait par l'institut Gallup en 1982, seulement 9% des expérienceurs faisaient mention du tunnel. Vous voyez donc que l'expérience du tunnel n'est pas si fréquente qu'on veut bien le laisser entendre. Néanmoins, on en parle comme si c'était LA constituante importante !

Une NDE typique comprend la plupart du temps de un à trois éléments tout au plus. C'est une expérience simple et très courte, qui peut affecter les gens d'une manière si profonde qu'elle peut changer leur vie de façon dramatique. La croyance populaire voit la NDE se dérouler comme suit : une expérience hors-corps, un voyage à travers un tunnel vers une lumière située au bout de ce tunnel, puis une expérience incroyable dans la Lumière, suivie par la rencontre avec des Êtres de Lumière et l'impression de vivre un sentiment ineffable d'amour, une révision de vie et enfin le retour. En fait, seulement un petit nombre de personnes vivent l'expérience comme telle.

Au cours des années, j'ai constaté que ce n'est ni l'imagerie, ni les différentes composantes de l'expérience qui importent réellement. C'est plutôt l'intensité avec laquelle elle est vécue ! Une personne peut n'entendre qu'une voix, expérimenter une espèce de vide rempli d'amour, avoir une brève expérience hors-corps ou encore voir un ange. Si son expérience est ressentie intensément, sa vie peut en être profondément transformée au point de voir apparaître les changements classiques.

Certaines personnes vivent également une expérience négative. Elles ne sont pas si rares qu'on le croie. À mes débuts, j'ai fait mention de ces expériences négatives mais les gens furent choqués. Aucun autre chercheur n'en parlait, plusieurs affirmaient même qu'elles n'existaient pas ! Maintenant nous savons qu'il s'en produit autant chez les adultes que les enfants.

Certaines personnes vivent des expériences transcendantes. C'est le type de NDE qui défie notre entendement. Ceux qui vivent une telle expérience peuvent autant voyager à travers l'univers sur un rayon de lumière que suivre un cours dans une sorte de collège céleste. Ces expériences sont habituellement assez abstraites, rarement personnelles, et semblent plutôt avoir trait à des questions concernant l'humanité et la création.

Nous retrouvons donc quatre types majeurs de NDE qui couvrent l'ensemble du phénomène : le modèle original, la NDE céleste, la NDE négative, et enfin, l'expérience transcendantale. Mais après avoir répertorié chaque expérience et avoir une vision d'ensemble sur le sujet, vous constatez que ce n'est pas l'imagerie ou le modèle qui compte mais bien l'intensité qui demeure le critère prédominant. Quel est la force de l'impact ? À quel point l'expérienceur est-il affecté ? Présente-t-il/elle des transformations de personnalité et de vie ? Comment réagit-il à celles-ci ? C'est ça le pouvoir, la force de la NDE. J'ai démontré par mes recherches que plus l'expérience est intense, plus grands sont ses effets de transformation. La NDE ne fait pas seulement des gens des serviteurs de Dieu ! Elle les change à la fois physiquement et psychologiquement et ce, de façon significative.
Alors que certaines personnes intègrent leur expérience de façon simple et en douceur dans leur quotidien, la grande majorité n'a pas cette chance. La NDE n'est pas un conte de fée et n'a rien de magique. Les changements qui surviennent peuvent avoir un impact si profond sur l'expérienceur que des photos prisent avant et après en sont le témoin !

Nous connaissons les impacts spirituels et psychologiques de la NDE sur les gens. Mais il me semble qu'on ait négligé ses effets physiques  ?
En effet, les changements physiques qui surviennent ont été ignorés dans la recherche, du moins aux États-Unis. Les effets psychologiques sont bien connus, mais on connaît très peu les effets physiques liés à la NDE. Actuellement, peu de gens même considèrent les effets de transformation comme une partie intégrante de la NDE. C'est bien dommage car ce sont souvent ceux-ci qui déterminent le sens que l'expérience prendra chez celui ou celle qui le vit.

Quand vous regardez la façon dont la NDE affecte les individus dans leur corps, leur esprit et même leur système digestif et que vous constatez ses conséquences dans la vie de chacun, vous prenez alors vraiment conscience de la profondeur de ces effets. Vous réalisez alors que les états proches de la mort peuvent être une expérience transformatrice d'une ampleur majeure. Et c'est ce ressort des témoignages des adultes et des enfants.

D'autre part, si nous considérons la force de l'impact de cette expérience, nous constatons alors que nous n'avons pas suffisamment regardé ce qui se produit chez les enfants. Par le passé, nous avons étudié la NDE chez les enfants avec la référence du modèle des adultes. Quand vous en tenez compte, vous devez reconsidérer tout ce que pensiez savoir à propos de la NDE. C'est une grande surprise, et même un choc. À titre d'exemple, j'ai tout récemment appris pourquoi une chaîne de libraires américaines ne voulait pas vendre mon dernier livre, Children on the New Millennium. Le gérant avait lu le livre et était terrifié à l'idée que des enfants puissent vivre une NDE.  Il ne voulait tout simplement pas que ses clients le sachent. Il ne commandait le livre que si un client en faisait la demande. Nous parlons ici de l'an 2000, d'un homme intelligent, éduqué, mais qui ne peut admettre le fait qu'une NDE puisse survenir chez des enfants, et qu'ils vivent des effets transformateurs similaires à ceux des adultes. Il en était horrifié ! La raison pour laquelle la NDE est devenue si bien admise dans notre société, et tout spécialement dans l'hémisphère Nord, et même en Europe, c'est parce que nous choisissons de ne regarder que ce que nous voulons bien voir, sans considérer  l'ensemble du phénomène. Nous nous concentrons uniquement sur les dimensions de la NDE que nous croyons être bonnes pour nous, toutes ces belles histoires qui confirment ce que nous voulons bien croire. Tout le reste est ignoré ou renié. Nous rejetons ce qui nous dérange. Même un chercheur comme Bruce Greyson ­ psychiatre et éditeur du Journal of Near-Death Studies, la revue scientifique de IANDS-USA ­ que je respecte entre tous, est tombé dans cette forme de pensée à un moment donné. Au cours des premières années, il a admis que la raison pour laquelle nous ne trouvions pas de NDE négatives est que nous ne posions pas les bonnes questions.  Et la raison pour laquelle que nous ne posons pas les bonnes questions est que nous ne voulons pas savoir !

Quand vous commencez à fouiller, et c'est ma nature profonde de fouiller, vous découvrez alors la véritable nature de la NDE. De nombreux témoins sont en prise avec des dépressions et traversent des divorces :  à ce propos, le taux de divorce chez les expérienceurs aux États-Unis est le double de la moyenne nationale. Certains croient qu'ils sont devenus fous ou confus. Voici un exemple tiré de mes recherches qui illustre bien le fait. Il s'agit d'un homme, agent immobilier, la quarantaine bien avancée, marié en seconde noce et père de deux enfants. Il fait une NDE et en revient profondément transformé. Il ressent au fond de lui et ce pour la première fois dans sa vie, un profond sentiment d'amour pour tous. Quand je l'ai interviewé, il parlait comme tous les expérienceurs le font, rempli d'un amour inconditionnel, émerveillé par le monde, et à ce point plus aimant aujourd'hui plus qu'il ne l'a jamais été. Il aimait plus qu'il n'avait imaginé sa femme, ses enfants, ses collègues de travail, ses clients. Quelques années plus tard, je l'ai revu et il me dit, « Je ne comprends pas ! Ma femme ne veut plus être dans la même pièce que moi, mes enfants ne veulent plus avoir affaire à moi et j'éloigne de moi coéquipiers et clients. Au moment où je me sens plus aimant que je ne l'ai jamais été de toute ma vie, tout ce que je reçois en retour, c'est de la négativité ». Il m'a déclaré qu'il allait disparaître de la circulation jusqu'à ce qu'il puisse comprendre ce qui lui arrivait. Je n'ai plus entendu parler de lui depuis.

Dans les études mystiques, il y a un axiome qui dit que les gens qui vivent une expérience d'illumination ont pour première règle « Ne faites pas fuir les voisins ! » (Don't freak the natives). À la suite d'une NDE, vous voulez grimper sur le plus haut sommet et crier au monde entier : « Réveillez-vous, humanité inconsciente ! La mort n'existe pas, Dieu est réel, réveillez-vous tous. Nous sommes responsables de tout ce qui arrive, de tout ce gâchis sur la planète, personne ne l'a fait pour nous. » Vous voulez en fait conscientiser chacun, les convertir et ce qui se produit, c'est que vous vous retrouvez très vite en bas de votre piédestal, les gens vous fuient. C'est comme si ce que vous avez à dire ne les intéresse pas. Quelle expérience dégrisante pour celui ou celle qui la vit!

Quand vous êtes un expérienceur, tout devient personnel, plus grand que la réalité. Vous devenez très excité et passionné, même pour ce qui vous remet en question. Puis vous apprenez de cette expérience et vous grandissez. Mais quand vous commencez à interviewer les gens, comme ce fut mon cas, vous prenez du recul et regardez à travers leurs yeux, non plus à travers des vôtres. Tout à coup, ce que vous avez vécu prend moins d'importance, ça vous dégonfle l'ego ! Vous réalisez très vite que vous êtes seulement un parmi tant d'autres qui ont vécu la même expérience, et non plus un élu ou encore un messager divin.

Parlez-moi de votre nouveau livre, Children of the New Millennium (Les enfants du nouveau millénaire).
Les cas d'enfants sont plus déroutants que les adultes. Ce que nous constatons chez les enfants c'est qu'ils ont tendance à compenser au lieu d'intégrer. Leur NDE devient si reliée à la réalité que cela devient leur monde, un monde auquel ils s'ajustent mais qu'ils ont de la difficulté à comprendre.

Les enfants sont six fois plus enclin que les adultes à réprimer, ignorer ou encore bloquer leur expérience. Les adultes reviennent transformés ; la plupart d'eux sont prêts à explorer le sens de leur expérience et l'intégrer dans leur vie par la suite. Chez les enfants, c'est différent. La plupart ne sont pas crus, se font dire de se taire ou encore se font dire que c'est leur imagination. Nous n'écoutons pas les enfants. Nombreux se sentent coupables. Encore là, nous ne regardons pas les choses à travers leurs yeux. Si l'expérience d'un enfant se termine de façon brutale, il sera  plus enclin à croire qu'il a dû faire quelque chose de mal. Il se dira qu'il doit être méchant pour que les êtres lumineux soient partis. Un enfant prend tout à un niveau personnel. Et si quoi que ce soit tourne mal, il ou elle se blâmera.

Les enfants ne sont heureusement pas tous ainsi. Un des signes distinctifs des enfants expérienceurs, même après 20, 40, 50 ans, c’est la culpabilité. Ils tendent à réprimer leur expérience à cause de la façon dont ils ont été traités. J¹ai recueilli au cours de mes recherches des cas se situant entre la naissance et l'âge de quinze ans. La plupart, cependant, avaient  tout juste de six ans. J'ai donc interviewé beaucoup de jeunes enfants.

Il y aurait tellement à dire à ce sujet que je ne peux tout résumer en quelques phrases. Je mentionnerai seulement quelques informations en espérant qu'elles auront du sens pour vous. J'aimerais d'abord spécifier que ma base de données comprend 277 enfants dont environ la moitié ont relaté leur expérience encore enfant, l'autre moitié l'ayant fait à l'adolescence ou à l'âge adulte.

Nous savons que la NDE peut se produire à la naissance. Ces enfants, une fois en âge de parler, raconteront à leurs parents ce qu'ils ont vécu et leur histoire confirme souvent celle des adultes. Je pouvais retracer l'expérience alors qu'ils grandissaient, ce qu'avait été pour eux l'école, leurs années au collège, leur travail, leur mariage et ainsi de suite. La moitié de ceux interviewés se rappelaient leur naissance. Plusieurs de ces enfants ont mentionné des détails qu'ils ne pouvaient vraisemblablement pas connaître, et qui ont été confirmés par leur mère. Le tiers avait des mémoires prénatales. Il est intéressant de noter que la plupart de ceux qui avaient ces mémoires prénatales, pas tous mais la plupart, étaient déjà alertes et conscients dans l'utérus dès le septième mois de grossesse. Maintenant grâce aux recherches médicales, nous savons qu'un foetus d'entre six et sept mois peut pleinement ressentir de la douleur. Le temps d'enregistrement de la souffrance et la mémoire prénatale sont identiques. La tradition veut que l'âme pénètre la forme humaine à la naissance, dès la première respiration. Et si c'était faux ? Si l'âme entrait dans l'utérus aux environ du septième mois ? Quelles seraient les conséquences pour les avortements en fin de terme ? Plusieurs de ces enfants ont demandé  plus tard à leur mère : « Pourquoi as-tu essayé de me tuer quand j'étais dans ton ventre ? » Et dans plusieurs cas, la mère avait seulement songer à l'avortement. Ce que nous pensons a beaucoup plus de pouvoir que nous ne l'imaginons.

Quel choc pour la mère dont l'enfant lui fait une telle déclaration !
L'enfant comprend exactement le sens de ces mots, et c'est ainsi qu'il ou elle va l'exprimer à sa mère. C'est quelque chose que vous ne pouvez nier. C'est très dur à confronter. Peu importe votre système de croyance, que vous soyez New Age, catholique, athée, baptiste, luthérien. Quand vous questionnez des enfants, vous êtes confrontés à ce genre de réalité. Une des caractéristiques chez ces enfants, une des façons de savoir s'ils ont vécu une véritable NDE, c'est qu'après leur expérience, ils subissent une métamorphose complète, un renversement complet de leur processus d'apprentissage. Ils commencent à penser de façon abstraite. Laissez-moi vous donner un exemple : un jeune garçon, environ au milieu de sa première année de scolarité, a failli se noyer. Une fois rétabli et de retour à l'école, il s¹est senti différent des autres jeunes. Soudainement, il lisait la mythologie grecque et voulait comprendre pourquoi le livre Robinson Crusoë avait été écrit. Il était capable d'abstraction, de penser avec des concepts. Son professeur fut totalement pris au dépourvu face à ce changement brutal. En fait, au fil de mes recherches, j'ai constaté que la cause première de mort imminente chez les enfants était la noyade, la seconde l'étouffement, et la troisième les opérations chirurgicales. Je n'avais jamais réalisé auparavant combien d'enfants avaient failli se noyer à un moment donné de leur enfance, mais c'est un fait.

Notre système scolaire est conçu pour amener les enfants, étape par étape, de l'apprentissage concret (le détail) à la pensée abstraite (les concepts). (En supposant que le processus d'apprentissage soit complété au plus tard vers la fin du secondaire.) Aucun système scolaire n'est préparé à recevoir des jeunes qui commencent à abstraire très tôt.

J'ai découvert que les expérienceurs, et tout particulièrement les enfants, développent leurs capacités d¹abstraction, immédiatement ou très rapidement après leur NDE. Je pense que c'est une découverte majeure. L'intelligence s'accroît. Selon mes recherches, 48% des enfants expérienceurs ayant passé plus âgés des tests de QI standards, ont obtenus des scores normalement attribués à des génies : situés en moyenne entre 150 et 160. Aucun autre élément explicatif n¹a pu être trouvé pour rendre compte de ces performances. (génétique n¹a pu ceci sans marque génétique (genetic markers) pour expliquer cette poussée soudaine de leur capacité d'intelligence ) : à supprimer, car à ma connaissance il n'y a pas de corrélation entre des éléments génétiques et le QI, mais si tu connais des travaux précisŠ). Si l'on considère le sous-groupe de mon échantillon comprenant les enfants de zéro à presque six ans, le pourcentage grimpe à 81% ! Soit  presque le double. Cela me porte à penser que plus l'enfant est jeune plus grand sera l'impact de la NDE. Je décris la NDE comme une puissante décharge électrique, ressentie intensément, et causée par une force d'une nature inconnue. Imaginez ce qui peut se produire si cette décharge est reçue à un moment critique du développement cérébral, comme chez un jeune enfant. Cela peut s'avérer foudroyant. C'est comme si l'enfant vivait une seconde naissance. Selon mes chiffres, 93% d'entre eux manifestent des dons accrus en mathématiques et en musique. Les régions du cerveau qui traitent ces activités sont situées l'une contre l'autre. C'est comme si ces deux régions étaient rebranchées et reconfigurées en une seule et même unité. Ce qui me fait dire que la musique et les mathématiques sont en quelque sorte reliées. Vous ne pouvez pas développer l'une sans l'autre.
Tous les enfants de mon étude sont revenus avec des facultés créatrices et intuitives, qu'ils aient subi ou non un « survoltage » de leur intelligence. Et bien qu'ils soient particulièrement doués dans la résolution de problème, peu de retrouvent dans des emplois ou des professions où ce talent est mis à profit. En général, les écoles ne savent que faire avec ces jeunes. Nombre d¹entre eux perdent ces facultés lorsqu'ils atteignent l'âge adulte. Les enfants expérienceurs parlent de fantômes, rient avec des anges, poursuivent les démons et tiennent parfois un langage appartenant à un autre monde. C¹est dérangeant pour leurs parents. Considérant ce qu¹ils ont vécu et leurs transformations, leurs réactions sont typiques, normales et saines. Ce dont parents et enfants ont besoin, c'est d'en connaître plus sur l'expérience de mort imminente.

J'aborde cette question dans trois annexes qu'on retrouve sur mon site. L'éditeur les a exclues du livre prétextant le manque de place. C'est pourquoi je les ai publiées moi-même à titre de complément à Children of the New Millenium. Pour donner aux gens des conseils, des moyens permettant de vivre avec ces enfants de façon plus positive.

En avril dernier, j'ai reçu un appel du docteur Linda Silverman (son travail est mentionné dans mon livre). Cette femme médecin est l'une des autorités américaines concernant les enfants surdoués. Elle avait lu mon livre. Elle était à la fois impressionnée et excitée car disait-elle, nos recherches étaient complémentaires. Elle a elle-même constaté dans son travail avec les enfants surdoués, que 80% des plus doués (possédant un quotient intellectuel de 180 et plus), sont nés prématurément et ont souffert de troubles à la naissance. En grandissant, ils ressemblent trait pour trait, m¹a-t-elle fait remarquer, aux enfants ayant vécu une NDE.

Nous devons revoir ce phénomène que nous appelons NDE, et plus spécifiquement considérer les effets évolutifs liés. La technologie médicale et les techniques de réanimation toujours plus sophistiquées permettent de faire revenir à la vie de plus en plus de gens, particulièrement les enfants, qui semblent avoir été reconfigurés pour la technologie. Je crois personnellement que nous sommes littéralement en train de créer les citoyens dont nous aurons exactement besoin pour développer le Troisième Millénaire !

Vous êtes au seuil d'une nouvelle étape de votre carrière. Est-ce que l'heure de la retraite a sonné pour vous ou désirez-vous poursuivre votre travail d'écriture dans une nouvelle direction ?
Depuis vingt et un ans, je fais un travail de recherche rigoureux et discipliné dans tous les sens du terme. En décembre de l'an dernier, un événement tragique a bouleversé ma vie. Myriam, ma petite-fille âgée de deux ans seulement, est décédée en moins de 48 heures d'une méningite bactérienne foudroyante. Tout est arrivé si vite. Il s'est pourtant passé tellement de choses en relation avec sa mort ! Je ne pourrai tout mentionner. Fait étrange, elle a montré et ce de façon très précise, qu'elle savait qu'elle allait mourir. Elle a en quelque sorte préparé ses parents à travers leurs rêves et par son attitude. La façon dont le décès de Myriam a amené sa famille à percevoir la mort d'une toute nouvelle manière m'a convaincue qu'il est maintenant temps pour moi de m'ouvrir, de dire certaines choses que je n'ai jamais osé dire auparavant à ce sujet. Un chercheur se doit toujours d'être objectif, vous savez. Il est, je crois, temps pour moi d'être plus personnelle dans mon écriture et de partager plus ouvertement ce que j'ai appris durant toutes ces années à côtoyer les expérienceurs. La façon dont le livre sur la mort que je prépare (je crois comprendre qu¹il s¹agit d¹un nouveau livre) sera reçu déterminera le cours de mon travail au cours des prochaines années. Par sa mort, Myriam nous donné, à nous tous qui la connaissions et l'aimions, un cadeau, une forme de guérison. Cet événement a conduit plusieurs personnes à regarder leur vie de façon plus honnête et à changer. C'est étrange à dire, mais les gens ont bénéficié de sa mort. Pour toutes ces personnes qui ont partagé notre tristesse, je voudrais partager ce que j'ai appris sur la mort. Cela produira-t-il une différence dans leur vie ? J'admets que j'aborde avec énormément de craintes l'écriture de ce livre. C'est si personnel ! Mais en même temps, j'ai confiance en mes intuitions.

Est-ce la peur de dire quelque chose qui pourrait déranger ou choquer les gens ?
Absolument. J'ai passé plusieurs années à établir ma crédibilité. Ce fut une lutte constante. Même dans la communauté de la NDE, je n'étais pas acceptée. J'ai finalement acquis une assise solide, je n'ai plus à défendre mon travail. Mais, oui, ce changement de direction est quelque peu « apeurant ». Toutefois, je n'ai jamais permis à la peur de m'empêcher de faire quoi que ce soit. Je suis du genre à faire face à la peur tête baissée et à passer au travers.

En conclusion, une dernière réflexion sur la NDE ?
Aucune des raisons offertes pour expliquer l'expérience de mort imminente n'a tenu le coup malgré les nombreuses recherches. Aucune des explications données ne considère le phénomène de façon intégrale : l'expérience de mort imminente et ses effets. Puisque ses déterminants sont encore dans le flou, nous ne pouvons pour le moment qu¹affirmer une chose: la NDE est une expérience spirituelle qui défie la façon dont nous définissons la mort et la façon dont nous vivons notre vie. Elle nous empêche de rester dans le confort et nous pousse à aborder de nouvelles façons de penser. La phrase la plus entendue lors de mes rencontres avec les expérienceurs est que « la vie continue après la mort ». Si c'est vrai, et je crois que ça l'est, alors comment concevoir la vie après la mort ? La vie est-elle ainsi que nous l'imaginons ? Peut-être n'est-ce pas tant la mort que nous devons redéfinir, que ce que nous croyons être la vie ! ?